SUMMER DU JOURprotocole itinérant pour le web en Région Centre-Val de Loire.

◊ Summer du Jour.​
L'été.

Une écriture plastique de saison dans le paysage entre le 21 juin et le 21 septembre 2015. 93 jours d'un protocole d'écritures et de dessins. Chaque jour d'été, retrouvez un personnage  de la bordure, "summer du jour", au gré de promenades, de paysages et de rencontres.◊

une installation temporaire au gré du temps et du vent. Entre le 21 juin ¬ 21 sep. 2015.  93 spots  - Région Centre Val-de Loire

 

SUMMER DU JOUR

dessin original encollé, photo et textes. Ce protocole était visible sur un site dédié. summerdujour.com

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LES ÉCRITS DES SUMMER DU JOUR.

réalités

 

Réalité 1

 

Pour marquer la sortie du jardin clos, j'ai posé le premier Summer sur le noir du portail. Il est encore à l'intérieur mais la porte est ouverte sur un monde empli de promesses. Ce n'est pas si simple.

J'ai fait beaucoup de choses dans la rue avec les gens qui passent, le tout-public mais je ne suis pas un street artiste. Mes vingt centimètres carré de personnage sont dérisoires face au vaste monde et je ne sais pas où les emplacer. C'est un drôle de verbe mais il convient car il indique à la fois le bon endroit, visible et efficace, le spot et aussi, le lien que va potentiellement tisser ce personnage avec ce lieu. Il parle aussi de ma photo car elle compte dès à présent. Je n'ai pas à faire une belle photographie. Elle devra dire autant de choses que la petite phrase qui l'accompagnera quotidiennement. Elle se placera entre le haïku, le message poétique, publicitaire, les mots qui prêteront à sourire et s'attacheront le bloggueur hyperactif.

Et puis la ville est truffée de caméras de surveillance et de bonnes intentions. Et puis la ville est si propre et aseptisée qu'on n'ose s'y coller.

Déjà les doutes m'assaillent. Survirai-je à la facilité ? Comment faire de la poésie dans les villes où tout est à vendre ? M'adresse-je au quidam de la rue ou à l'internaute ? Au voisin qui rentre du boulot ou au monde entier ? Et j'y reviens. J'ai le projet de parcourir le pays, le Centre-Val-de-Loire et je m'adresse à tous.

 

 

Réalité 2

 

Je viens de rouler un long moment sur un ruban noir au milieu des blés. Je n'ai pas croisé grand monde. J'arrive près de la ville. Beaucoup de placards publicitaires ; n'y a-t-il pas une loi contre tout cela ? Quelques bâtiments, zone industrielle ou artisanale. Des pavillons, des pavillons. J'ai toujours le panneau « centre ville » en ligne de mire. Je me rapproche. Les maisonnettes viennent de changer. On retrouve les briques rouges en encadrement, les pierres blanches et les marquises de verre, vestiges de temps anciens. Viennent des feux tricolores qui marquent un boulevard circulaire. À droite, je suis en ville. Je n'abandonnerai la voiture que sur la place de la mairie, de l'église ou du château. Il y a beaucoup de maisons à vendre. Je débouche enfin sur une placette, quelques arbres, du gazon, un horodateur tapi quelque part que j'ignore. Je quitte le véhicule et commence à marcher. J'ai dans mon sac, le Summerdujour, une boîte hermétique contenant le pinceau, le petit pot de colle. Il était une fois un petit chaperon rouge...J'ai aussi de quoi faire la photographie.

Qui suis-je à ce moment précis ? Un touriste qui vient pour la première fois et visite, cherche une curiosité ? Un artiste avec un œil (comme son Summer) qui cherche un angle, une image, de quoi faire avancer son rêve ? Un camelot qui doit avantager son produit pour trouver un amateur qui rentabilisera ses efforts ? Un curieux qui se fera happé par une allée d'arbres, un repli de lumière, une enseigne un peu bizarre ? Un délinquant, prêt à salir les rues et gâcher la vie d'honnêtes habitants ? Un mec qui fait son Taff et colle son truc dans une ville inconnue sans se poser d'inutiles questions ?

Je n'ai pas la réponse, sans doute un peu tout à la fois et c'est ce qui me plaît.

J'ai aussi un léger trac, un petit tremblement inutile car je ne risque rien. Est-ce parce qu'en collant mon Summer je m'approprie un peu les lieux ? Suis-je aussi un voleur ?

Je crois avoir trouvé l'endroit qu'il me faut. Il n'a rien de spécial, c'est juste celui-là. Je suis venu pour faire un choix après tout.

Un muret de pierres est juste à la hauteur. Je pose ma boite de plastique et l'ouvre. Le fond me sert de planche à encoller. J'ouvre le pot de verre, trempe le pinceau. Deux aller-retour, c'est fait. J'applique avec soin mon dessin sur un poteau métallique et chasse les bulles de colle. Je referme la boite et ajuste mon viseur pour la prise de vue. Des touristes passent et ne s'occupent pas de moi. Dans sa deux-chevaux Citroën, un vieux monsieur m'observe en ralentissant, puis il continue sa route. J'ai pris deux ou trois clichés, vérifie le cadrage et note l'emplacement dans ma tête avant de rejoindre la voiture.

 

 

Réalité 3

 

La vie de Summeriste est faite de solitudes :

  • Solitude du crayon levé au dessus de la page blanche mais sans angoisse et qui va donner naissance au Summerdujour.

 

  • Solitude du conducteur-promeneur qui parcourt la Région carte en main et qui n'a pas de GPS car il aime se perdre, découvrir de nouveaux lieux et s'user la langue à demander sa route.

 

  • Solitude du colleur qui avance dans la ville en limite de légalité sous l'oeil noir des caméras de surveillance et celui, non moins foncé des habitants.

 

  • Solitude de celui qui s'en va sans se retourner et laisse l'autre en plan et en place pour servir ses dess(e)ins.

 

  • Solitude enfin de qui sait qu'il faudra tout recommencer le lendemain dans l'indifférence quasi-générale. Ah, la vie d'artiste !

fictions

Fiction 1

Mi-septembre, repassant près d'un endroit où fut collé un Summerdujour, l'artiste fait un petit détour afin de juger de son état de conservation.

Il descend quelques marches de pierre, compte les piliers de la balustrade, se trompe et se dit que le personnage s'est décollé. Il descend alors plus avant et elle l'aperçoit. - Ah, te voilà, lui dit-elle. Tu reviens sur les lieux de ton crime. Il ne sait que répondre. - Pour ce qui est du lieu, je n'ai rien à redire. L'endroit est calme. La vue est superbe. J'aime cette église du XVIème siècle qui bourdonne de temps en temps dans mon dos. J'aime aussi le fleuve, le bruit du vent dans les branches sur les berges et ces beaux oiseaux blancs dont je ne connais pas le nom. - Mais.., ose l'artiste. - Ne m'interromps pas, s'il te plaît, je n'ai pas l'occasion de causer si souvent alors c'est mon tour. Les humains sont plutôt paisibles dans ce coin et je te remercie de l'avoir choisi. J'apprécie le calme et je suis servie. Les pêcheurs sont faits de gestes répétitifs et silencieux. Les marcheurs tout autant.

Il n'y a que les promenades dominicales que je ne supporte pas. Je hais les dimanches. Les gens sont bruyants, promènent des chiens pénibles et des enfants qui leur ressemblent. J'ai failli disparaître sous les ongles pointus d'une fillette mais sa mère l'a rattrapée juste à temps. Elle lui a raconté une histoire, très belle d'ailleurs, sur ma présence ici et je fus sauvée. J'imagine que mes congénères n'ont pas tous eu cette chance. Où sont-ils ? As-tu des nouvelles ? Je les sentais bruire dans ton carnet. Nous ne nous sommes rien dit mais ils me manquent beaucoup. Je sais, je connaissais les règles, un jour, un lieu mais tu comprendras qu'il est difficile de se faire des amis dans ces conditions. Je sais que ce n'est pas ton problème mais… Vous êtes terribles, les artistes. Vous pensez qu'il suffit d'inventer, de mettre les choses au monde pour qu'elles existent mais ce n'est pas si simple. Le monde est cruel, sans pitié et il y a peu de place pour nous. Pour toi. Aussi faut-il bien réfléchir aux conditions de survie et oublier cette insouciance, votre CRÉATIVITÉ.

D'ailleurs, tu viens les mains vides. C'est tout toi. Tu imagines que je vais passer l'automne avec cette petite robe à fleurs. Non, mais tu penses à quoi ?

La tête de l'artiste roule sur son épaule et touche la pierre de la murette. Le froid l'éveille. J'ai profité des rayons de soleil pour faire une petite sieste, songe-t-il. Le Summerdujour semble avoir bien résisté, le papier a un peu jauni. Je pourrai peut-être envisager un second tour de Région après l'hiver, histoire de les retrouver, se dit-il. Ce serait comme des retrouvailles. Tiens, je n'avais pas souvenir que celle-ci avait l'air aussi renfrogné !

Fiction 2

Un matin. Dans la rue d'un petit village de l'Indre innondé de soleil.

- Vous n'avez pas d'autre chose à faire, dit une petite voix hors d'âge dans le dos de l'artiste qui colle son Summer.

- Bonjour Madame.

- Oui, bonjour. Franchement, quel besoin de salir la rue comme ça ? C'est pas Nev'york ici !

L'artiste sourit et ne dit rien.

- Et puis ça sert à quoi ? continue-t-elle.

- Mon dessin ne vous plaît pas ? demande-t-il.

La vieille dame hésite.

- Si, non. Ce n'est pas la question, répond-elle.

- Quelle est donc la question madame ? ose l'artiste. Je suis artiste. Je fais des dessins et des photos dans toute la région. Quelle est votre question ?

- J'ai pas de question. C'est juste que je n'aime pas ce qui est sale, dit-elle en posant son panier à roulettes.

Elle a entre soixante dix et quatre vingts ans. Elle est vive et semble avoir du caractère. Une coiffure soignée, blanche et bouclée. Elle porte un gilet de couleur rose, un chemisier d'un autre rose et une jupe beige et peine un peu à marcher. Elle rentre, sans doute, de la place du village où elle a fait quelques courses. Un rouleau de papier peint dépasse de la toile écossaise du petit chariot.

- Je m'appelle Andy, reprend l'artiste. Vous aussi, vous allez faire de la colle, ajoute-t-il en pointant le rouleau.

Elle sourit presque.

- Oh, ça ! C'est rien. J'avais envie de changer le mur des toilettes. Ma fille viendra peut-être m'aider. À mon âge, on ne fait plus comme avant.

- Et vous l'avez choisi comment ? demande Andy.

- J'ai toujours aimé le rose, dit-elle. C'est d'ailleurs mon prénom. Celui-ci ira bien, j'aime les petits groupes d'oiseaux.

- Il est donc à votre goût ?

- Euh, c'est-à-dire … Oui. Enfin, dans les toilettes, cela n'a pas grande importance, poursuit Rose comme pour se justifier.

L'atmosphère se détend. Onze heures s'égrennent au clocher.

- Et ma jeune fille, avance Andy en montrant le personnage collé sur la gouttière, elle ne vous plaît pas ? Si je vous avais rencontrée plus tôt, j'aurais pu dessiner des roses sur son caraco.

- Vous l'auriez fait pour moi ? demande Rose.

- Oui, bien sûr.

- Je ne sais pas. Elle a l'air un peu espiègle, comme ma petite fille. Les jeunes, on ne sait jamais ce qu'ils pensent. Votre ado fait sans doute des coups en douce.

Rose et Andy se sont rapprochés. Rose a les yeux qui pétillent et qui regardent partout à la fois comme pour ne rien louper du spectacle de la vie qui passe.

- Voyez sur l'écran, reprend Andy. Je vais la prendre en photo avec la perspective de la rue et la halle du marché couvert en fond, le clocher qui dépasse sur le côté.

Rose s'approche de la tablette.

- On dirait une carte postale, s'exclame-t-elle. Et votre môme a l'air vraiment plus grande. C'est comme si elle sortait de la maison voisine. Le jeu sur.., comment dit-on déjà ?

- L'échelle ?

- Oui, c'est cela. Le jeu sur l'échelle est vraiment mirobolant. Je ne m'attendais pas à ça en vous voyant avec votre pinceau tout à l'heure. Alors, c'est ça, être artiste de nos jours ?

- Ça et d'autres choses.

- J'imagine, dit Rose avec un brin de malice.

- J'aime dessiner. C'est un peu ma maladie comme dit mon père et j'aime aussi rencontrer des gens et, comme nous le faisons là, à présent, tous les deux, j'aime parler d'art avec les gens.

- Hou, l'art, moi, vous savez. Ce que j'en dis !

- Et bien oui, c'est toute la question. Vous aimez les couleurs, vous refaites même vos cabinets avec goût, c'est cela l'art !

- Ne vous moquez pas de moi, dit Rose en fronçant les sourcils.

- Je suis sérieux, continue l'artiste. Et c'est dans tous les cas, tout ce qui m'intéresse.

Fiction 3

 

- Hé, bonjour.

- Bonjour madame.

- Vous êtes perdu m'a l'air ? demande la femme qui vient d'apostropher l'artiste.

- Oui, non ! C'est à dire que je ne cherche rien de particulier, dit-il.

- Je sais pas. Ça fait bien dix minutes que je vous vois le nez en l'air à tourner aux quatre vents, vous cherchez quoi au juste ?

- Vous m'avez observé donc. Moi qui essaye d'être le plus discret possible.

- C'est pas dificile, reprend-elle en souriant. Y a pas beaucoup de touristes ici et les gens du pays regardent soit droit devant eux, soit leurs pieds mais assez rarement en l'air.

- Ah bon.

- C'est comme je vous dis, vous pouvez m'en croire. Cela fait cinquante deux ans que je vis ici. Je sais de quoi je parle.

 

Le contact semble établi. Les gens du coin sont sympas, se dit l'artiste. Le hasard fait toujours bien les choses, songe-t-il tandis que la dame poursuit :

- Alors, vous cherchez quoi ?

- Le bonheur, avance-t-il en plissant les yeux.

- Oh ça, répond-elle. C'est comme au loto. Y'a beaucoup de prétendants et peu de gagnants ! Et pis, c'est pas dans ce village que vous allez le trouver, vous savez. Depuis qu'ils ont fermé la fabrique d'essuie-tout, nous n'avons plus que les yeux pour pleurer, alors le bonheur…

- Je plaisantais, pardon, dit l'artiste. Les étrangers ne peuvent pas connaître toute l'histoire.

- C'est vrai, consent la femme à ses côtés qui semble encore jeune. Et ce n'est pas de votre fait. Sans rire, vous cherchez quoi à la fin ?

- Un spot pour installer un personnage !

- Comprends pas !

- Reprenons depuis le début. Bonjour, je suis artiste et je m'appelle Andy.

- Moi, c'est Edwige, dit-elle en lui tendant la main.

- Je cherche un endroit dans le village pour coller un petit personnage en papier que j'ai dessiné et le prendre en photo.

- Et pourquoi ? demande Edwige.

- C'est une action artistique qui m'occupe tout l'été. Je parcours les six départements de la région pour y installer mes dessins.

- C'est de l'art ça ?

- Je ne sais pas, répond-il. J'aime dessiner, je dessine. J'aime bavarder avec les gens et je suis là avec vous en ce moment !

- Ah, et quel genre d'endroit vous cherchez ?

- Aucun précisément. Je ne veux pas tourner autour de l'église ou du château quand il y en a un. Je cherche un coin sympa pour coller mon dessin et faire une photo.

- Je peux voir ? dit-elle.

- Ce n'est rien. Quelques bonhommes en papier découpé dans ma pochette, de la colle, un pinceau, une tablette pour la prise de vue, s'excuse Andy en ouvrant son sac.

- Y sont marrants, rit-elle. Y z'ont tous qu'un œil, pourquoi ?

- Ils sont comme moi. L'un est ouvert, il regarde le monde. L'autre reste fermé, on ne le voit pas. C'est inutile de le dessiner.

- Drôle d'idée, dit Edwige. J'aime bien celle-là avec sa salopette et ses drôles de petites couettes. Elle me rappelle quelqu'un.

- Vous semblez la connaître, dit Andy. C'est parfait. Pourquoi ne pas m'indiquer la place où l'installer ? Vous avez un peu de temps ?

- Ça oui, dit Edwige.

 

Ils marchent à présent dans les rues du village. Elle raconte combien elle s'ennuie depuis qu'elle est au chômage. Elle lui montre, ici, un vieil escalier de pierre sous les arbres, là, une trouée donnant sur le canal. Elle dit aussi qu'elle ne sait pas vraiment où l'emmener mais que c'est plutôt agréable de marcher à deux comme cela. L'artiste écoute beaucoup. Il raconte l'origine de ce projet. Lui, venant d'une autre région et son désir de découvrir les richesse de ce nouvel endroit. Il parle de Bourges, d'Orléans, de Châteauroux. Elle connaît, elle est née ici mais n'a guère l'occasion d'y aller. On ne prend pas le temps, dit-elle et c'est trop prés pour penser à y voyager.

 

Le soir, sur le site, Andy poste la photographie du jour. Elle est semblable aux autres. Une belle lumière éclaire un petit pan de rempart en pierre. La jeune fille aux couettes admire un buisson fleuri. Elle ne dit rien du souvenir d'Edwige et des printemps passés à guetter l'arrivée de la fête au village. La petite phrase qu'ajoute l'artiste est belle et poétique. Elle ne dit pas non plus le grand amour d'Edwige. Il est des choses qu'il faut savoir garder pour soi.

suites

Summer Suite 1

 

S'échapper un jour d'été. Partir.

Se payer une saison.

Aller de l'avant sans autre raison.

Prendre la clé des champs,

la poudre d'escampette et le temps de regarder

autour de soi.

Du quotidien se donner la vacance

et être au regard comme on peut être à l'écoute.

Se découvrir dans la découverte.

Traverser le coeur de la Région,

Cheminer dans la région du coeur.

 

Summer Suite 2

On se demande ce qui passe parfois dans la tête de l'administration. Des économies d'échelle, une volonté pratique, une idée qui simplifie les choses, c'est difficile à dire… Certains osent dire de la poésie, c'est difficile à croire !

En portant sur le même panneau indicateur centre aéré et stand de tir, qu'a voulu la ville ? Économiser un poteau ? S'adresser aux mamans ainsi qu'aux papas ? Énoncer un programme ?

Tous les automobilistes qui traversent le bourg ont cette image en tête. En ciré jaune, les jours de pluie, tous les petits avancent à la queue leu leu.

 

Summer Suite 3

Prenez une maison bleue adossée à la colline. On y vient à pied, on ne frappe pas. Ceux qui vivent là ont jeté la clé et le monde entier s'en souvient.

Deux maisons bleues sises au milieu d'un rond point… L'Art est urbain quand on l'oublie. Il est bien urbain d'ailleurs d'exister dans son coin sans faire de bruit, sans même hurler à la face du monde son statut de chose EXTRA ordinaire. Bien urbain de disparaître dans l'agitation perpétuelle de la ville. Que dire de ce petit bonhomme-n'a-qu'un-oeil de papier collé un peu partout ? Un bien urbain.

 

Summer Suite 4

L'oncle Germain est marin aux longs cours. Son paquetage est fait d'îles sous le vent, de Seychelles, de Papouasie, de Bora Bora. Je ne le vois pas très souvent mais il est rentré hier soir avec un paquet pour moi. Ma mère n'aime pas ça. Je le déballai bien vite. Le rose de nacre et de mer d'une énorme coquille illumina le salon. J'habite e Beauce, je n'ai que dix ans et un océan de blé doré m'entoure. Le vent creuse parfois des vagues blondes. Je n'ose approcher le coquillage de mon oreille. Entend-on encore la mer dans une coquille au milieu des champs ?

 

Summer Suite 5

 

L'air est lourd et coupable avec un couteau. C'est l'été. La canal somnole et la ville l'accompagne. Je m'ennuie.

Juillet est sans doute le pire de tous les mois. Mes potes sont en vacances dans le sud ou réquisitionnés au champ par les parents. Le lycée est fermé, aucun prof à faire marner et je déteste le C.A.J. c'est pour les nuls.

Je traine dans les rues. Des touristes cherche la collégiale. C'est pas dur à trouver, d'où qu'on vienne, on finit par tomber dessus. Elle est partout. On ne voit qu'elle, énorme, posée là comme un tout ou un je ne sais quoi. Et le vaisseau de pierre vrombit tranquillement parmi les massifs de fleurs.

 

Summer Suite 6

 

Le fleuve s'étale sous la platitude du ciel et ils conjuguent le même bleu. Celui de tes yeux mon amour, chante la chanson. La baignade est interdite, la pêche et la navigation réglementées. L'espace est naturel autant que préservé. Ce sont les hérons cendrés, les cormorans fraîchement immigrés et les bernaches en automne qui en profitent le plus.

La vue est magnifique, tout est calme. Quelques voiles et barques à fond plat complèteraient bien le tableau. De proche en proche, des rocs d'architectures s'imposent. C'est presque impossible de ne pas revenir roder près des châteaux.

 

Summer Suite 7

L'été s'alourdit de jour en jour. La terre se craquèle par endroits. Il faut tenir les aînés à l'abri de la chaleur, arroser ses vieux comme on dit. Les musées, les églises et les supermarchés sont idéaux pour se protéger de la canicule, martèlent les campagnes de prévention gouvernementales à la radio. Drôle d'idée, soupire Eugène en regardant par la fenêtre.

Les musées sont poussiéreux ou emplis de choses que je ne comprends pas. Je ne vais plus à l'église depuis que Dieu m'a enlevé ma douce Adèle. Restent les supermarchés ? Ma petite retraite, mes appétits d'oiseaux et ma peur de ce qui déborde n'en font pas mes lieux favoris. Foutue époque !

 

Summer Suite 8

Prendre le train, perdre un peu de temps parfois.

Se laisser conduire à travers la campagne en ne regardant que les côtés de la route.

Souvenirs d'enfant, de réseau ferroviaire miniature,

De flocs en monts et merveilles.

Les voyagent en train défilent un paysage que l'on reconnaît souvent sans le connaître.

Images d'Épinal, clichés de touristes.

Les gares se suivent et ne se ressemblent pas toutes.

La voie si, la voilà !